Sauvons la Romance !

 

Beautiful Heart Of Red Rose Useful For Some Valentine Concept” by satit_srihin

Sauvons la Romance !

A des fins commerciales, de plus en plus d’éditeurs et d’écrivains font le choix de subvertir la Romance en la teintant de scènes érotiques très développées et parfois même très crues, à la limite de la pornographie.

Mais à vouloir s’ouvrir à un plus large public, les éditeurs de Romance ne vont-ils pas tout simplement détourner les lecteurs de romance au profit d’un public déjà acquis à la littérature érotique ?

Sans compter qu’en gommant la frontière entre Romance et littérature érotique,  les éditeurs ne vont-ils pas tout simplement tuer le genre ?

Par Karine Azais

Souvenez-vous.

Qui n’a pas lu les ouvrages de romance de sa mère ou sa grand-mère ? Bien entendu, les scènes érotiques étaient sous entendues et correspondaient à l’esprit de l’époque. Aujourd’hui, avec l’évolution des mœurs, la liberté de la femme et la sexualité débridée et omniprésente dans nos sociétés, les scènes érotiques ne sont plus sous entendues mais s’étendent sur des pages entières, décrites dans les moindres détails, et parfois de façon si crues qu’elles ne font plus rêver et ne laissent pas même  la place à l’imaginaire.

A force de ponctuer les romances d’érotisme, les auteurs, et les éditeurs qui sélectionnent ces livres, s’éloignent du sujet, du genre, de l’essence même de la romance : le sentiment.

Comment un sentiment naît-il ?

Comment se développe-t-il ?

Comment s’exprime-t-il, par la pensée, les mots, les dialogues ?

Comment parvient-on à séduire son partenaire et le rendre acquis à son sentiment ?

Et même, pourquoi pas, comment l’aliéner ?

La concrétisation charnelle du sentiment n’en est que l’ultime degré. Et cette réalisation finale ne représente conséquemment qu’une partie de l’expression du sentiment amoureux.

Or, aujourd’hui, à regret, nous constatons que la sensualité a pris le pas sur le sentiment dans les livres de romance historique et plus généralement dans le genre de la romance dans sa globalité.

Sabrina Jeffries, auteur célèbre de romance historique et écrivain de grand talent, nous en faisait part elle-même lors d’une récente interview : lorsqu’elle s’est passionnée pour la romance plus jeune, la romance n’était pas érotisée comme elle l’est aujourd’hui.

Alors, évolution sociale, décadence ou appât du gain ?

Certes, les mœurs ont indéniablement évolué. Il ne faut toutefois pas se cacher derrière le paravent hypocrite de l’évolution pour justifier l’éviction d’un genre littéraire.

On ne peut tout mélanger ni cautionner sous couvert de l’évolution sociale. Le genre littéraire érotique existe, a toujours existé et a déjà son public. Il se décline même en de multiples gradations, du sado-maso à l’érotique soft.

Si les lecteurs de romance se tournent vers la romance, c’est justement qu’ils font montre d’une attente différente, qui se démarque de la constante « sexe » que l’on trouve dans les livres de littérature érotique.

N’ayons pas peur des mots, les lecteurs de romance recherchent davantage l’amour, qui les fait rêver, que le sexe. Dans les sociétés occidentales, n’est-il pas édifiant de constater à quel point il est facile de trouver un partenaire sexuel (voire plusieurs), alors que l’amour reste paré d’une aura d’inaccessibilité ? C’est le fantasme absolu. Quelle probabilité peut-il y avoir pour que l’être que vous aimez tombe également amoureux de vous ? Tellement de paramètres doivent être réunis – le moment idoine, l’alchimie, les critères sociaux – pour que cela fonctionne que l’amour fait toujours indéniablement rêver. Et il constitue encore à ce jour, une des rares choses qui ne s’achètent toujours pas (certes l’on peut acheter l’illusion de l’amour, mais le jour où les comptes en banques sont vides, le/la partenaire part. Combien de fois a-t-on pu le constater lors de revers de fortune !).

Croire en de belles histoires d’amour est au cœur des attentes des  lecteurs de romance. Ils veulent croire en cette merveilleuse quête, en ce bonheur souvent inaccessible au quotidien, à ce miracle fabuleux qu’est l’Amour avec un grand A. La sensualité ne constitue qu’une infime partie de l’histoire d’amour.

Ce qui fascine en premier lieu les lecteurs de romance dans la relation amoureuse n’est donc pas l’aspect sexuel, mais le sentiment. Sa complexité et tout ce qui gravite autour du sentiment et en découle, y compris l’aspect charnel, mais il ne doit pas prédominer ni déborder au détriment de la thématique principale de la romance : le sentiment.

De plus, le fait d’introduire un tel niveau d’érotisme dans la romance induit une confusion des genres. Quel est l’intérêt d’ajouter un tel degré d’érotisme dans la romance, alors même que de nombreux ouvrages érotiques ont déjà pour trame de fond une belle histoire d’amour ?

Il y a donc redondance, confusion, voire duperie. La romance telle qu’elle est érotisée actuellement existe déjà sous une autre forme appelée littérature érotique.

Seul l’appât du gain peut légitimer un changement d’axe si radical dans la romance. Changement d’axe insidieux qui mystifie le lecteur sur le genre littéraire. Pour ratisser un public plus large.

D’autre part, deux lectrices du blog étant psychologues, elles soulignent l’incohérence progressive qui émerge massivement et de façon croissante dans la romance : à force d’érotiser les livres de romance, même les auteurs s’emmêlent les doigts (et les plumes) en écrivant. NON, on ne devient pas amoureux de notre partenaire car faire l’amour avec lui nous procure du plaisir. MAIS on a envie de faire l’amour avec notre partenaire car on l’aime, et qu’on en est tombé amoureux.

C’est la logique des sentiments. Et donc de la romance.

Même les écrivains perdent la juste mesure !

Sans compter que le niveau d’érotisme est tel, et parfois tellement détaillé, décrit de façon si poussée que la plupart des ouvrages s’apparentent à de la littérature pour adultes.

Écrivains, éditeurs, mettez-vous à la place des lecteurs. C’est comme si l’on incluait une scène de porno dans un film romantique tout public comme La Proposition avec Sandra Bullock ou Twilight ou encore la mélodie du bonheur, Orgueil et préjugés, et même la Belle et la bête.

Car après tout, la romance n’est-elle pas le conte de fée pour adulte ?

Cet article n’est en rien une diatribe contre les écrivains ni les éditeurs. Il a pour objectif de sensibiliser à la déviance qui affecte la romance depuis les années 90′, qui va en s’accentuant et semble peu à peu asphyxier la romance dans les sables mouvants d’une érotisation systématique. La romance perd son essence. Et par là même, ses lecteurs. Si l’édition gagne les lecteurs sensibles à l’érotisme, elle perd en revanche ceux qui restent attachés aux fondements de la romance et à la construction d’une véritable histoire d’amour.

Au Blog In the Mood for Love, la fourchette d’âge de l’équipe se situe entre 26 et 40 ans. Et le groupe de passionnées qui nous suit s’étend sur une fourchette d’âge de 16 à 72 ans.

Nous appartenons toutes à des générations différentes, avec une vision différente de la société et des relations amoureuses, de par notre environnement socio-culturel mais aussi par ce qui a façonné nos vies et nos relations avec les hommes.

Cependant, en dépit de toutes nos disparités, nous constatons toutes, à notre grand regret, que la romance se meurt. L’érotisme supplante la romance. Le sexe supplante l’amour.

Pour Camille, 22 ans,  » c’est trop lourd à lire, il y a tellement de scènes de rapports qu’on dirait que c’est pour les filles frustrées ».

Pour Eva, 60 ans, « c’est dommage car on n’a plus le même intérêt à lire, il y a trop de sexe ». Pour son mari, en revanche, c’est drôle car « il y a plus de « cul » dans la romance  que dans un SAS, mais c’est tellement décrit qu’on s’endort ».

Et ces remarques relevées, ne sont que quelques unes parmi des centaines…

Même ma propre mère a cessé d’en lire alors qu’elle en était très friande, prétextant qu’elle visualisait plus des films érotiques en les lisant qu’une véritable histoire d’amour entre deux personnes.

L’érotisme étant trop prégnant dans la romance, certaines lectrices en sont venues à ne plus lire que certains auteurs. Elles s’attachent désormais à n’acheter plus que des ouvrages dont les descriptions charnelles demeurent décentes et raisonnables en nombre. Car trop d’érotisme tue la naissance du désir et l’envie de l’autre.

Le phénomène de l’érotisation systématique de la romance s’accentuant, les vrais passionnés de romance seront de plus en plus enclins à ne s’intéresser qu’à un groupuscule d’auteurs qui ne surfent pas sur la vague commerciale de l’érotisme.

Ce n’est pas parce que l’érotisme cartonne que les lecteurs de romance vont délaisser ce genre au profit d’une littérature plus épicée. Tous les lecteurs ne suivent pas comme des moutons de Panurge la mode de l’érotisme qui s’est abattue sur la littérature.

Si cette mouvance de l’érotisation de la romance persiste et s’aggrave, que finiront par lire les vrais lecteurs de romance ?

Ce serait un véritable naufrage. Ce serait notre Titanic à nous !

C’est pourquoi, du fond du coeur, nous crions aux écrivains et aux éditeurs : Sauvons la Romance !

Photo : ©satit_srihin




One comment

  1. Totalement d’accord !
    Un article courageux qui s’oppose à la tendance et défend des valeurs. Bravo Karine !

     

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.